Pourquoi le rayon à vol d'oiseau ne dit rien de votre coût de livraison ?
Un cercle de 3 kilomètres tracé sur une carte ne dit rien du temps qu'il faut réellement pour livrer une commande. Le vrai problème, c'est le temps que met un scooter à parcourir des rues à sens unique, des feux rouges, des heures de pointe, largement plus déterminant que la distance en ligne droite. Deux adresses aussi proches l'une que l'autre en ligne droite peuvent afficher dix minutes d'écart au compteur du scooter, et donc dix minutes d'écart de coût. C'est ce que détaille aussi L'Hôtellerie Restauration dans son analyse du coût réel de la livraison : les prestataires indépendants facturent au kilomètre réellement parcouru, avec un rayon pratique de 2 à 10 kilomètres selon le type de service.
Combien coûte vraiment une commande livrée trop loin ?
Le panier moyen en livraison se situe entre 22 et 26 euros selon les régions, d'après l'étude sur le marché de la livraison de repas (2025). Sur ce panier, les plateformes prélèvent une commission qui grimpe jusqu'à 30 % du chiffre d'affaires. Ajoutez le coût d'un livreur indépendant type, souvent facturé autour de 2 euros de prise en charge plus 1 euro par kilomètre parcouru, une structure de coût courante chez les prestataires comme Lyveat. Prenez un panier à 24 euros, une commission plateforme à 28 %, un livreur payé au forfait plus au kilomètre : sur une commande à dix minutes de trajet, l'addition reste indolore, la marge nette tient encore debout. Sur une commande à vingt-cinq ou trente minutes, les mêmes lignes de calcul mangent souvent la totalité de cette marge, avant même de compter le temps de rotation perdu par le livreur sur le reste du service, ni l'usure du scooter sur les longs trajets répétés.
Uber Eats, Deliveroo, Just Eat : quelle part prennent-ils sur chaque commande ?
Les commissions varient fortement d'une plateforme à l'autre, un écart qui pèse directement sur la décision de livrer loin ou pas. D'après l'analyse des coûts de livraison pour les restaurants (2026) :
| Plateforme | Commission prélevée |
| Uber Eats | jusqu'à 30 % |
| Deliveroo | jusqu'à 28 % |
| Just Eat | jusqu'à 18 % |
Sur une commande proche, cette commission reste absorbable par la marge. Sur une commande lointaine, elle s'ajoute au coût du trajet et transforme une vente en opération blanche, parfois en perte sèche.
Le temps de trajet change-t-il selon l'heure du service ?
Oui, et c'est justement ce qu'un rayon fixe ne peut pas montrer. Le service du midi et celui du soir n'ont pas la même circulation : embouteillages de sortie de bureau vers 12h30, rues plus dégagées après 20 heures, sauf autour des zones de sortie ou des soirs de match. Une adresse joignable en douze minutes un mardi soir peut en demander dix-huit un vendredi à l'heure de pointe. La météo joue aussi : un scooter roule moins vite sous la pluie, et certains livreurs ralentissent par prudence. Une carte des temps de trajet fige une photographie à un instant donné. L'expérience du livreur affine cette photo : un soir de match ou d'averse, il sait qu'il vaut mieux refuser une commande à la limite de la zone.
Comment fixer une zone de livraison qui protège la marge ?
La réponse tient en une carte plutôt qu'en une formule toute faite. Le restaurant part de son adresse, de ses horaires de service et de son mode de livraison (scooter, vélo, voiture), puis fait tracer les zones atteignables en 10, 15 et 20 minutes de trajet réel, feux et sens uniques compris. La carte ci-dessus applique cette méthode à un cas type : elle chiffre le nombre de foyers atteignables et le coût moyen d'une course qui dépasse la zone rentable. Une fois ces zones posées, livrer loin ou pas devient une décision chiffrée, appuyée sur la marge réelle du panier plutôt que sur une impression.
Faut-il refuser toutes les commandes hors zone ?
Non, mais les accepter en connaissance de cause change la donne. Certains restaurants majorent les frais de livraison au-delà de la zone rentable, d'autres réservent ces commandes aux heures creuses où le livreur serait de toute façon disponible. La carte donne le chiffre qui manque pour arbitrer : le coût réel d'une course lointaine, comparé à la marge qu'elle rapporte. La carte objective le coût de chaque zone. Le restaurateur garde la main sur les exceptions : un habitué fidèle, un quartier qui commande souvent, un coup de cœur pour un nouveau client. Certains ajustent aussi leur carte à la saison : plus large l'été quand la terrasse tourne moins et qu'il faut remplir les livraisons, plus resserrée pendant les pics de décembre où chaque minute de trajet compte double.
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